Au Sommet de l’Atlas

La route vers le Jebel Toubkal (4167 m), le plus haut sommet de l’Atlas et de l’Afrique du Nord, est assez directe. Le sentier s’élance à la sortie d’Imlil, un petit village à une centaine de kilomètres de Marrakech. Les premiers mètres sont laborieux – la montée est sévère sous un soleil tout aussi sévère – mais la route principale est rapidement rejointe et le reste se fait facilement. A se demander pourquoi nous avons pris guide, mule et muletier… si ce n’est pour les voir souffrir sous l’effet combiné de l’effort, du soleil et du ramadan.

En chemin nous croisons de nombreux randonneurs qui descendent du Toubkal et d’autres qui y montent. Nous passons également petits restaurants, cafés, épiceries et échoppes touristiques. Ca ressemble un peu à l’autoroute des vacances sauf que, cela mis à part, le cadre est magnifique. Petits cours d’eau et troupeaux de moutons égaient notre avancée dans un décor de rocs secs et durs.

Apres cinq heures de marche, nous arrivons au refuge du Toubkal (3207 m). Perdu au milieu des montagnes, le site est impressionnant. Du refuge, il est toujours impossible d’apercevoir le Toubkal. Encore 2 à 3 heures de marche sont nécessaires pour le voir, puis l’atteindre. Notre guide nous propose de partir à 4h00 le lendemain matin. Si nous voulons assister au lever du soleil du sommet, il faut partir à 1h00. La décision n’est pas facile, mais autant profiter  de l’endroit au maximum.

Nous tentons donc de nous coucher assez tôt. Malheureusement, un dortoir de refuge étant ce qu’il est, notre nuit est courte et perturbée. Pets, rots, ronflements et grognements divers animent notre nuit ; et lorsque notre guide vient nous chercher vers 1h30, nous sommes déjà bien réveillés.

Nous nous mettons en route vers 1h45. L’ascension se fait dans l’obscurité la plus totale. Nous suivons notre guide, avançons, trébuchons, gueulons un peu, nous relevons, repartons et ainsi de suite. Nous progressons, plus que deux heures, une heure trente, trente minutes…

Vers 4h00 nous arrivons au passage des 4000 mètres. Il fait froid, très froid. Le guide profite de cette pause pour manger et boire avant que sa journée de jeûne ne commence. Puis, nous repartons. La montée devient moins ardue et moins sombre. Ce qui n’était qu’une ombre commence à se détacher : le Toubkal apparait. Vingt minutes de plus et nous y arrivons. Rien d’extraordinaire. La structure métallique représentant le sommet est assez horrible et l’horizon reste plongé dans le noir. Néanmoins et malgré la fatigue et le froid, nos premiers sentiments sont joie et fierté. Quel sentiment d’accomplissement ! Puis, le froid prend le dessus et nous recommençons à douter. Le soleil se fait attendre.

Nous nous blottissons sous la structure métallique et devenons de plus en plus impatients. Quelle idée ?! Le soleil n’arrive pas (et n’arrivera pas tant que nous resterons au sommet). Il est bloqué au loin par des nuages. Il fait presque jour et nous découvrons le paysage autour de nous : des montagnes à perte de vue et un sommet recouvert de graffitis.

Après 2 heures au sommet nous redescendons, et pouvons enfin voir/comprendre pourquoi notre ascension fut si difficile. En descendant, nous croisons également les autres randonneurs du refuge qui, eux, avaient choisi de partir à 4h00. Nous sommes surpris par leur nombre et, malgré la fatigue, sommes satisfaits de notre choix: commencer l’ascension à 01h45 nous aura donné l’impression, pour quelques instants, d’être seuls sur le toit du monde.