Viva Ssaabasajja Ronald Muwenda Mutebi II Viva

Roanna’s slashed handbag — luckily, the thieves didn’t get anything

Nous sommes arrivés au cinquante-septième anniversaire de Ssaabasajja Ronald Muwenda Mutebi II, roi du Buganda, sans invitation. Pourtant, nous étions motivés. Pour se rendre à l’école Saint Mary’s de Kisubi à une trentaine de kilomètres au Sud de Kampala, nous avions essuyé un violent orage, une tentative de vol (on pense que quelqu’un a découpé le sac de Roanna afin d’en faire tomber le contenu), des rivières de boue dans la station de taxi, un embouteillage monstre à la sortie de cette même station (une heure pour faire 150 mètres), et enfin 45 minutes de minibus.

Nous étions donc impatients d’assister à cette cérémonie quand nous sommes arrivés à la grille de l’école vers 13h00. Nous n’étions pas les seuls. Une centaine de personnes encore plus motivées que nous voulaient également y assister. « Baganda loooovee their king », nous avait pourtant dit/prévenu la personne du backpackers qui nous avait conseillé de venir. Cette foule avait sûrement passé toute la matinée en face de la grille (la cérémonie commençait à 7h00). Ca crie, chante, danse, pousse la grille. Nous nous demandons ce que nous faisons là– mais avançons. A quelques mètres de la grille, la foule commence à nous remarquer et les « Mzungu, Mzungu, China, China » commencent à pleuvoir.

Nous devenons l’attraction principale. Les mêmes personnes qui criaient, chantaient, dansaient devant la grille, maintenant crient, chantent et ansent autour de nous. « Welcome, Welcome, Welcome » et nous serrons plus d’une vingtaine de mains en quelques secondes. La foule devient de plus en plus pressante. Nous ne savons pas comment nous allons nous sortir de là, jusqu’à ce qu’un policier vienne nous trouver : « Can I help you ? ». Nous répondons que nous sommes venus célébrer l’anniversaire du roi etilnous fait signe de le suivre. On fend la foule et se dirige doucement vers une petite porte, située au milieu de la grille, gardée par plusieurs policiers en tenue anti-émeute.

feeling slightly underdressed amongst the King’s well-wishers

Nous tentons d’entrer, de pousser la porte, mais un policier s’interpose: « Who are you ? » me demande-t-il. Il doit bien voir que nous ne sommes pas de ces « dignitaires » venus rendre hommage à son roi. « I don’t know » est la seule (pitoyable) réponse qui me vient à la bouche « we just came for the birthday of the king ». Il m’examine d’un air sévère. Je me dis que ma barbe d’un mois, mon blouson détrempé, mes baskets recouvertes de boue et mon boubou qui me sert également de pyjama depuis deux nuits ne vont jamais passer. Il n’a pas l’air convaincu non plus mais se décale lentement et nous donne l’ordre d’entrer. Des gens dans la foule réclament la même considération mais elle leur est refusée. Mzungu.

Une fois dans l’école, nous apercevons encore plus de policiers. Nous ne nous attendions pas à une cérémonie si sécurisée, organisée, formelle. Au backpackers, on nous avait seulement indiqué que Roanna devait se mettre en jupe et non en pantalon — pour des raisons culturelles. Quant à moi, c’était « fine » Mais autour de nous c’est tenue correcte : costumes ou toges pour messieurs et robes pour mesdames.

Nous trouvons une place et cherchons le roi des yeux. La spacieuse cours de l’école a été transformée pour l’occasion. En face de l’estrade où se succèdent danses et discours, se trouvent plusieurs chapiteaux: les élèves de Saint Mary’s et d’autres écoles du royaume, le clergé, les VIP, les ministres du royaume, les VVIP et enfin le kabaka (càd roi) et sa famille.

the King and his family

the four previous Kings, buried at Kasubi tombs

Ronald Muwenda Mutebi II est le trente-sixième kabaka du Buganda. Son royaume est le plus important d’Ouganda : il s’étend sur toute la partie centrale du pays (Kampala compris) et compte 5.5 millions de sujets soit environ 17% de la population ougandaise. L’histoire du royaume remonte au début du quatorzième siècle (voir Wiki pour une rapide description). Muteesa II, le père de Mutebi II, fut le premier président ougandais après l’Indépendance en 1962, avant d’être forcé à l’exil pendant les dictatures d’Obote et d’Amin Dada qui abolirent la monarchie à partir de 1966. La monarchie fut restaurée en 1993 et Mutabe II accéda au trône la même année. Son rôle reste purement symbolique malgré quelques tensions récurrentes avec le pouvoir en place ; ce qui expliquerait pourquoi son peuple l’aime tant. A sa mort, Mutabe II rejoindra quatre de ses prédécesseurs aux Kasubi Tombs. Ce monument, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, a malheureusement brulé en 2010 sans toutefois affecter les sépultures.

Kasubi tombs: before and after the fire of 2010

Nous essayons de suivre la cérémonie attentivement mais après 40 minutes de discours principalement en Luganda et de danses très « scolaires » nous pensons avoir vu l’essentiel. Pourtant, nous aurions bien aimé goûterà l’énorme gâteau. Nous visitons un peu Saint Mary’s, une prestigieuse école pour garçons dans la pure tradition des écoles coloniales anglo-saxonnes, mais sommes rapidement bloqués par un policier. Nous ne pouvons pas aller plus loin –nous partions de toute façon.

performances for the King

the King’s birthday cake is revealed

De retour à la grille, les esprits sont encore plus chauds. Quelques membres de la foule ont trouvé une ouverture dans l’enceinte de l’école. Nous sortons rapidement de l’établissement. Au loin une dizaine d’individus courent vers la cours de l’école poursuivis par des policiers. « Baganda loooovee their king ».