Bara Bara Ya Matope Matatizo (or the Amazing Mister Maurus)

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Au départ d’Ilha de Moçambique, nous sommes prêts pour un nouveau voyage très compliqué vers Dar es Salaam. Sur l’île, nous avions rencontré un français (en salopette verte British Petrolium – BP) qui nous avait décrit la route comme un véritable cauchemar. Terriblement grincheux et ponctuant la plupart de ses phrases avec un coup de poing sur l’épaule de son interlocuteur, il avait apparemment mis deux semaines pour faire Dar – Ilha. Il jurait que de tous ses voyages (Afrique de l’Ouest comprise), cette route était la pire : des trous, des orages, de la boue, des pannes et des jours sans nourriture. Il nous prédisait un enfer et ne voyait aucun moyen de l’éviter.

Les routes au Nord du Mozambique sont réputées pour leur piteux état. Pendant des années le passage de la frontière (c’est-à-dire du fleuve) entre la Tanzanie et le Mozambique ne pouvait se faire qu’en barque voire pirogue à Kilambo. Depuis 2010 l’Unity Bridge, construit par les chinois à Negomane, permet de faire la liaison. Mais ce pont reste un mystère. Trop récent pour être mentionné dans notre guide, perdu dans les terres, personne n’est capable de nous dire comment l’emprunter. Le français en salopette : « Le pont des chinois ?! J’pense pas qu’il existe !» La meilleure solution pour passer la frontière reste donc Kilambo.

En examinant la carte, nous pensons que les « deux semaines » du salopette-man sont surement exagérées et notre plan initial est d’arriver à Dar en 3 jours : 1) De Ilha de Moçambique à Moçimboa da Praia via Namialo et Macomia; 2) passer la frontière/fleuve à Kilambo et arriver à Mtwara en Tanzanie et 3) voyager vers Dar.

Le trajet entre Ihla et Namialo se passe comme prévu. Levés à 02h45, notre minibus vient nous chercher à grands coups de klaxon à 3h30. Après deux ou trois tours de l’île à la recherche de clients, nous nous mettons finalement en route vers Namialo où nous arrivons vers 06h00.

A Namialo, nous rejoignons un groupe de personnes qui, nous le pensons, attendent le bus pour Moçimboa da Praia. Après 15-20 minutes d’attente, un 4×4 immatriculé en Tanzanie s’arrête à l’intersection. De nombreuses personnes se précipitent…. Roanna également. Le chauffeur va à Dar et il est prêt à nous emmener « all the way » ! Il espère passer l’Unity Bridge dans la journée « god willing ». Nous montons dans le Land Cruiser avec une pensée pour l’homme en salopette.

the luxurious back seat of Mr Maurus’ vehicle

Les premières heures du voyage se passent très très bien. Grand luxe !

Assis à l’arrière, nous admirons le paysage ainsi que la philosophie de Mr. Maurus quant à barrage routier et pot-de-vin : « Je veux qu’ils me le demandent directement. S’ils me font perdre mon temps, je ne donne rien !»

Mr. Maurus est un homme d’affaire tanzanien qui fait régulièrement le trajet entre Nampula et Dar. Il retourne au pays après une semaine à Nampula. Il nous dit que d’habitude il ne prend que deux passagers maximum jusqu’à Macomia (un autre passager est monté avec nous à Namialo, il descendra à Macomia) et ne prend jamais personne pour franchir la frontière. Il nous apprend également que nous avions raté le bus pour Moçimboa da Praia dans la matinée (nous le dépasserons plus tard) et qu’une fois ce bus manqué voyager sur Dar en 3 jours devenait difficile voire impossible.

Nous arrivons à Macomia à 10h30 et pensons que nous arriverons assez rapidement au pont qui n’est plus qu’à 200 kilomètres – Roanna prédit un passage vers 13h00. Mr. Maurus semble moins optimiste. La frontière tanzanienne ferme à 18h00 (soit 17h00 heure du Mozambique) et il n’est pas certain que nous puissions la passer à temps. Mais on verra, « god willing ».

En effet, après Macomia, le bitume laisse place à la piste et à ses trous. Puis, à un barrage routier un militaire nous informe qu’il n’a pas vu de véhicules passer dans l’autre sens depuis plusieurs heures. Ça doit bloquer quelque part et il doute que l’on puisse passer. Il insiste pour que l’on fasse demi-tour mais Mr. Maurus lui ordonne de lever la barrière. On va passer. Et après 20 minutes on croise un autre 4×4, couvert de boue, qui nous dit (d’après les traductions de Mr. Maurus) que c’était compliqué mais faisable.

Peu à peu la piste devient moins « solide ». Par moment la route n’est qu’une mer de boue. Nous sommes alors époustouflés par l’aisance avec laquelle Mr. Maurus nous sort de ces mauvais passages. Mais à chaque applaudissement, Mr. Maurus nous prévient que le pire reste à venir.

the road from Mozambique to Tanzania: a sea of mud

Après deux heures nous croisons des chauffeurs de camion qui ont abandonné leurs véhicules. Un camion est embourbé et ils ne peuvent pas passer. Ils vont au village chercher à manger.

Encore 10 kilomètres et nous arrivons enfin au « pire ». La route est infecte. De la boue. Si on ne s’embourbe pas cela tient du miracle ou de la technique de Mr. Maurus. Un coup de volant vers la gauche, puis un autre vers la droite, un autre vers la gauche, un autre vers la droite et ainsi de suite… on continue d’avancer… très doucement mais on avance. On se demande combien de temps ça va durer et si on ne va jamais arriver à la frontière.

Puis on arrive à l’endroit où le camion est embourbé. Bien embourbé. Un autre camion essaye de le tirer mais ils patinent. Une grande agitation règne autour des camions. Des personnes avec de la boue de partout sont attroupées autour des camions et parlementent.

Mr Maurus going to assess the situation…

On s’arrête, Mr. Maurus va jeter un coup d’œil, discute un peu, puis revient vers nous et redémarre voiture. On va passer, « god willing ».

Nous nous dirigeons tout doucement vers les deux camions. Les gens nous donnent des conseils contradictoires sur où passer. Mr. Maurus essaye de passer sur la droite. Mais très vite ça ne marche pas. On s’embourbe. On nous pousse. Retour au point de départ. Le camion non-embourbé recule (difficilement), et Mr. Maurus essaye cette fois-ci de passer entre les deux camions. Périlleux. On passe à quelques centimètres du camion embourbé. Mais on passe grâce au coup de volant de Mr. Maurus et aux muscles de quelques « pousseurs » enfoncés dans la boue jusqu’aux genoux.

the new Unity Bridge at Negomane border post

Encore une heure de route et nous arrivons au pont. Il est 17h40 au Mozambique et 18h40 en Tanzanie.

Les deux postes frontières sont fermés depuis 40 minutes. Mais Mr. Maurus appelle les agents des douanes et de l’immigration sur leurs portables et leur demande de revenir. Il s’exprime en Swahili mais on peut comprendre le mot « mzungu » (blanc) qui revient régulièrement dans ses conversations. Avoir « deux blancs » avec lui : une bonne raison pour les inciter à revenir. Et comme ça ne suffit surement pas … il y rajoute un petit pot-de-vin (des bouteilles d’eau au Mozambique et des billets en Tanzanie).

Une fois la frontière Tanzanienne passée, deux heures de piste pour arriver à Masasi où nous passons la nuit.

Le lendemain 6h00, nous nous remettons en route vers Dar. La route est censée être plus facile à l’exception de 40km de piste. Nous profitons de ce calme relatif pour faire la connaissance de notre chauffeur. Il possède une entreprise d’engins de construction à Nampula et une autre de pièces détachées à Dar. Il fait également dans l’import-export et revend au Mozambique des produits en provenance d’Asie. Il s’est rendu plusieurs fois en Chine (3 fois), Hong-Kong (2 fois) et Thaïlande (4 fois) et déteste la cuisine chinoise pour ses serpents. Il nous enseigne également un peu de Swahili et après les formules de politesse, nous apprenons « bara bara ya matope matatizo » qui signifie que « les chemins de terre sont un problème ».

Justement, nous commençons les 40 derniers kilomètres de piste. Et après 15 km, notre voyage est de nouveau interrompu par un camion semi-remorque qui s’est embourbé au milieu de la route et provoque un important embouteillage.

A la différence du Mozambique où les camions s’embourbaient au milieu de nulle part, les « embourbements » tanzaniens se passent à côté de villages. En Tanzanie, un véritable commerce se développe autour de ces zones d’embourbement où se côtoie des individus équipés de pelles, des équipes de pousseurs et des vendeurs qui proposent leurs produits aux voyageurs bloqués. Pour ces gens chaque embourbement est vécu comme une nouvelle source de revenue et ils s’y précipitent avec joie. Une autre façon de vivre les Bara Bara ya Matope.

bara bara ya matope matatizo: the dirt road is a problem!

a local businessman ready with his shovel

Une fois de plus, Mr. Maurus nous sort de ce pétrin. Mais cette fois-ci il réussit à passer par la droite… c’est-à-dire dans les buissons.

Une dernière question de Mr. Maurus sur ma position quant à la mort du Colonel Kadhafi et nous arrivons dans les embouteillages monstres de Dar es Salaam vers 17h00. Quand nous lui demandons quand sera son prochain voyage au Mozambique. Il nous répond, stoïque, « dans cinq jours ».

Mr Maurus checking that his beloved Land Cruiser is ok