Si Tu Vas de Zomba à Ihla de Moçambique

Tu te lèveras assez tôt, autour de 6 h.

Tu prendras douche et petit déjeuner et feras tes adieux à ta charmante hôte qui te prodiguera ses derniers conseils sur l’incompatibilité entre femmes et pantalons.

Vers 7h30 tu prendras ton minibus vers Mangochi. Tu admireras la minutieuse organisation de l’ « aide-chauffeur » qui s’assure que tout le monde est à la bonne place : au fond ceux qui descendent au terminus et à l’avant ceux qui descendent les premiers. Tu ne t’étonneras pas s’il te demande de changer de place plusieurs fois.

Vers 10h30 arrivé à Mangochi et un peu perdu à cause du brouhaha des vélos-taxis qui s’agitent autour de toi, tu prendras un vélo-taxi vers l’autre côté du pont.

Arrivé de l’autre côté du pont, tu grimperas dans une matola (petit camion-remorque) à destination de Chiponde, le poste frontière du Malawi. Déjà bien remplie, tu attendras plus d’une heure pour qu’elle se remplisse encore plus.

Enfin parti, tu admireras le « business model » du chauffeur qui ne refuse aucun client en route et entasse entasse entasse. Tu essaieras de compter le nombre de passagers mais abandonneras après 25. T’où tu seras placé tu ne pourras pas voir tous les passagers, et ceci malgré la petite taille de la remorque.

Après une heure de voyage, la matola s’arrêtera au milieu de nulle part et le chauffeur demandera à tous les passagers de payer. Une fois de plus tu admireras l’esprit business du chauffeur qui profite de l’absence de compétition à cet endroit pour augmenter les tarifs fixés au départ. Ton prix passera 850 Kwachas à 1000 Kwachas. Tu te joindras aux autres passagers et protesteras vigoureusement mais sans trop d’espoir.

Au prochain arrêt, tu constateras les limites du business model du chauffeur. Le refus catégorique d’un passager de payer le nouveau tarif tournera au pugilat: le chauffeur et ses 3 aides versus le passager frondeur et de nombreuses personnes du village/arrêt. Tu penseras que le chauffeur a été courageux/kamikaze/stupide de réclamer si violemment « son » argent alors qu’il était arrivé dans le village du passager. Pour 400 Kwachas, le chauffeur sera rouer de coups, y laissera pas mal de sang et y gagnera une nouvelle forme pour l’os de son nez.

Deux heures de plus dans la matola et tu arriveras au poste frontière du Malawi.

Les formalités administratives rapidement réglées, tu négocieras avec un taxi-vélo pour qu’il t’emmène au Mozambique. Ayant appris de ta mauvaise expérience avec la matola, tu t’assureras que le prix du trajet comprenne le voyage jusqu’au poste de frontière mozambicain (3-4 kms) ainsi que le trajet jusqu’à Mandimba (encore 3-4 kms), première ville après la frontière d’où partent les bus pour Cuamba. Vous vous accorderez sur un prix (300 Kwacha) et voyagerez à vélo à travers un territoire où des gens vivent… tu t’interrogeras sur leur nationalité.

Arrivé au poste de frontière mozambicain, tu devras payer ton visa $90 ou 2085 Meticals. Tu choisiras la deuxième option car 2085 Meticals équivalent approximativement $75. Tu échangeras tes dollars avec une personne faisant office de « bureau de change » informel que tu soupçonneras d’être de mèche avec le chef du poste. Tu paieras tes 2085 meticals satisfait d’avoir économisé $15, mais aigri de ne pas avoir récupéré ton visa à l’ambassade du Mozambique à Lilongwe où il ne coutait que $25.

Prêt à repartir, ton velo-taxi refusera d’aller plus loin si tu ne renégocies pas ton prix. Il arguera que Mandimba est encore loin, que ton sac est lourd et que l’accord initial ne portait que sur le trajet vers le poste de frontière, pas la suite. Il réclamera 3000 Kwacha supplémentaires pour finir la course. Tu te mettras alors dans une colère noire, le traiteras de tous les noms, le menaceras de marcher vers Mandimba sans payer la première course mais finiras quand même par donner 200 Kwacha supplémentaires, tes derniers Kwachas. Sur le vélo pendant les derniers kilomètres tu ne feras rien pour l’aider dans sa tâche.

Arrivé à Mandimba, tu attendras 15 à 20 minutes avant qu’un minibus ne t’embarque pour Cuamba. Mal assis au fond, sans place pour les jambes, tu découvriras alors une piste des plus horribles composée principalement de  trous.

Après 45 minutes de calvaire à l’arrière du minibus à essayer de trouver une position supportable pour tes jambes, le bus s’arrêtera soudainement. Tu comprendras vaguement (en portugais) que le bus ne repartira pas. Un problème de ventilateur, le chauffeur ne prendra aucun risque. Tu descendras et attendras un prochain véhicule sur une route où pas grand-chose ne passe.

Toutefois, tu seras surpris car l’ambiance parmi les passagers restera excellente. Les blagues (ou ce que tu penseras en être) continueront de fuser et malgré l’endroit tu te sentiras tout à fait à l’aise avec tes covoyageurs et essayeras de communiquer tant bien que mal. Tu feras même la « découverte » que l’un d’entre eux parle français : Doucouré, un émigré guinéen vivant au Mozambique depuis 3 ans.

Après 2 heures d’attente, un camion-remorque arrivera et t’embarquera pour le reste du trajet. Tu penseras alors que Cuamba est proche… mais non, le trajet paraitra sans fin. Assis puis couché dans la remorque tu auras de plus en plus de mal à supporter trous trous trous et le sable que tu ressentiras jusqu’au fond de ta gorge.

Arrivé à Cuamba vers 21h30, Doucouré te guidera dans la ville avec beaucoup d’aisance. Il t’emmènera à un distributeur automatique, puis a un hôtel.

Le lendemain matin vers 4h, Doucouré t’accompagnera à la gare où tu prendras ton train. Afin d’économiser et de profiter au mieux d’un voyage d’environ 12 heures, tu suivras les conseils de Doucouré et achèteras un billet pour la classe éco mais occuperas la voiture-restaurant pendant tout le voyage.

Le voyage se passera sans difficulté majeure. Tu admireras un paysage de montagnes et de huttes et sera surpris de voir les autres passagers acheter des sacs entiers de fruits et légumes à chaque arrêt. Seul un idiot enbieré et effronté viendra perturber/animer la fin de ton voyage.

Arrivé à Nampula vers 17h, une foule immense sera présente à la sortie de la gare. Cette foule t’ignorera complètement et tu pourras la fendre sans aucune difficulté. La foule ne sera intéressée que par les fruits et légumes que tes covoyageurs ont accumulés pendant le voyage. Tu réaliseras alors qu’en achetant tant de produits pendant le voyage et en les revendant à l’arrivée, tes covoyageurs ont surement rentabilisé leur voyage.

A Nampula, tu te dirigeras vers la station de bus. Tu espèreras trouver un bus pour Ilha de Moçambique mais vu l’heure assez tardive tu seras assez pessimiste sur tes chances et seras prêt à passer une nuit a Nampula pour prendre un bus le lendemain. Arrivé à la station tu demanderas à un groupe de personnes où est le bus pour Ihla de Moçambique. Ils s’agiteront, te feront monter dans un bus ou tu seras tout seul avec eux, démarreront le bus, feront deux mètres puis arrêteront le bus, t’ordonneront de descendre et t’indiqueront  un autre bus. Tu grimperas alors dans le bon bus vers Ilha.

Le voyage vers Ilha se passera sans trop d’imprévues à part la crevaison d’une roue de la remorque. Et après un dernier court trajet en dala-dala entre le continent et l’île, tu arriveras à Ilha de Moçambique.

Enfin, voilà ce qu’il t’arrivera si ton trajet se passe exactement comme le nôtre.